Un nouveau couffin pour orphelin

FenetreABebe topelement

Je pensais faire un autre article cette semaine, mais je viens de découvrir un fait de société que j’ignorais, de société en général et pas uniquement Suisse, même si mon écrit part d’un fait Suisse. A vous de vous faire une opinion.

Sur les traces de l’Allemagne, après celle de Einsiedeln en 2001, celle de Davos et plus récemment celle de Olten, une 4ème “fenêtre à bébé” vient d’ouvrir en Suisse, à Berne, au Lindenhof, la clinique privée du quartier de la Länggasse. Le principe ? La mère ouvre la fenêtre et place le bébé dans le petit lit chauffant. Elle trouve une « lettre à la maman » qui lui explique ses droits et lui fournit des conseils et des contacts. Une alarme se déclenche à l’hôpital trois minutes après que la mère a déposé son bébé. Une infirmière prend alors l’enfant en charge. Après quelques jours, le nourrisson est confié à une famille d’accueil. Si la génitrice n’est pas venue réclamés son enfant au bout d’un an, il sera adopté.

L’aide suisse pour la mère et l’enfant (ASME) qui gère ces fenêtres considère qu’il en faudrait au moins 8 pour toute la Suisse. Cette fondation prend en charge les coûts d’installation des fenêtres (30’000 à 100’000 francs) et assume les frais de soins du bébé (10’000 à 20’000 francs). L’ASME a été fondée par «l’Association Mamma», constituée d’opposants chrétiens-conservateurs à l’avortement. Leur pensée n’est pas précisée explicitement sur le site d’information concernant les fenêtres à bébé, mais apparaît lors de l’énumération des «33 raisons pour avoir un bébé», dont une dit: «Dieu veut que les bébés vivent» ou une autre «Parce que Dieu a dit dans la bible: «Soyez féconds et multipliez-vous!»

En Europe, il y en a environ 200.

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Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire un grand article, vous pouvez-vous arrêtez là et commencer à réfléchir à l’existence de ces fenêtres à bébé, loin de votre ordinateur. Pour ceux qui trouvent mes articles trop long (Noooon, je n’ose imaginer ce type de lecteur), félicitations d’être arrivé jusque là et de ne pas vous être arrêté après la photo. Pour ceux que le sujet intéresse (j’espère la grande majorité, que vous ayez des enfants ou non bien entendu), vous trouverez un petit rappel sur l’histoire de l’abandon d’enfant et un condensé d’article de réflexion éthique pour vous aider à mieux comprendre le sujet avant de vous faire une opinion.

Un peu d’histoire 

L’abandon de nouveau-nés remonte loin dans l’histoire. Il y a longtemps que la question de la prise en charge de ces bébés et comment en réduire les risques d’abandon a été soulevée. Rapidement les églises ont considéré qu’il était de leur devoir de s’occuper de ces enfants trouvés. Elles installèrent aux portes des églises et des couvents des berceaux, tours d’abandon ou fenêtres où les nouveau-nés pouvaient être déposés dans l’anonymat. Comme on y déposait souvent également des enfants plus âgés, malades ou handicapés, ces installations furent équipées de barreaux placés assez étroitement, ne laissant passer que des nouveau-nés. Dans le contexte de ces installations une certaine image de la mère a été élaborée, dont on sauvait l’enfant destiné à une mort violente. Ainsi au dessus de la tour d’abandon installée en 1709 à Hambourg il était écrit: 

«Auf dass der Kindermord nicht künftig wird verübet, Der von tyrannischer Hand der Mutter oft geschieht, Die gleichsam Molochs Wuth ihr Kindlein übergiebet, Ist dieser Torno hier auf ewig aufgericht» : «Afin que le meurtre d’enfant à l’avenir ne soit plus perpétré, accompli par la main tyrannique de la mère, livrant ainsi son enfant à la rage du Moloch, cette tour a été installée pour l’éternité». 

Cette image de la mère a aujourd’hui changé mais l’argument pour les fenêtres à bébé est toujours celui-ci, éviter les infanticides. Mais les statistiques ne montrent aucune baisse, car il n’y a pas de lien entre ces deux phénomènes. 

« Vers la fin des années 1990, l’ancienne idée du tour d’abandon a été reprise et de nos jours existent à nouveau partout dans le monde des fenêtres à bébé, gérées par des organisations chrétiennes ou indépendantes. Selon les pays on utilise des termes différents, comme «Babyklappe», «angel’s cradle», «babys’ safe haven», «Door of hope», «mothers’ Moses basket», «storks’ cradle» ou «la ruota». […] Après le séjour en maternité, ce sont les autorités cantonales qui prennent en charge le nouveau-né en le plaçant dans une famille d’accueil. Si au bout d’une année il n’est pas réclamé par sa mère ou ses parents, il grandira dans une famille adoptive. […] Les positions à l’encontre des fenêtres à bébé divergent énormément en Suisse. Elles vont du rejet de l’avortement chrétien-conservateur mentionné à des avis qui considèrent les fenêtres à bébé comme une offre complémentaire d’accès facile nécessaire, jusqu’aux positions opposées qui n’acceptent pas les fenêtres à bébé, surtout en raison de la démarche anonyme et donc de l’incertitude concernant l’origine de l’enfant et de l’absence de soutien médical et psychologique pour sa mère. […] Mais qui sont ces mères, ces parents qui déposent leur nouveau-né dans une fenêtre à bébé? Quelle situation de détresse amène à la décision d’un abandon anonyme? Contrairement à la Suisse où il n’est pas possible de répondre à cette question en raison du petit nombre, en Allemagne l’utilisation des fenêtres à bébé est suivie scientifiquement. Six femmes qui avaient déposé leur enfant dans une fenêtre à bébé ont été interviewées dans le cadre d’une étude allemande3). Toutes renoncèrent à un moment donné à l’anonymat, puisque cinq d’entre elles ont récupéré leur enfant. […] Fait frappant, il n’est pas possible d’établir, parmi les femmes interviewées, un modèle par rapport à l’âge, la formation, l’origine ou la situation familiale: elles forment un groupe très hétérogène. Cela relativise l’idée souvent véhiculée que les femmes ayant recours à la fenêtre à bébé sont probablement jeunes et célibataires. Les femmes questionnées racontent avoir réagi à leur grossesse avec incompréhension, choc ou panique. Elles ne pouvaient ni comprendre, ni accepter leur grossesse et ne pouvaient pas s’y identifier. Certaines refoulaient leur grossesse et interprétaient autrement la prise de poids, d’autres s’isolaient de plus en plus de leur entourage social. Les femmes cachaient ou ne souhaitaient pas leur grossesse pour différentes raisons. Entre autres par peur du rejet ou de l’incompréhension de leurs proches, par honte, par manque de soutien ou suite au souhait d’avortement de leur entourage, parce que la grossesse mettait en danger leurs plans de formation ou de carrière ou qu’elle faisait suite à une liaison sans lendemain, à cause d’une liaison non acceptée par la famille, du souhait du partenaire de ne pas (ou plus) avoir d’enfant ou de la surcharge de travail du partenaire. Les femmes interrogées n’ont pas consulté de gynécologue et ont accouché leur enfant en secret et en silence à domicile, certaines malgré la présence d’autres personnes dans le même ménage. L’entourage des femmes qui ont par la suite récupéré leur enfant a eu des réactions choquées et une déception pour ne pas avoir été mis dans la confidence déjà pendant la grossesse. Rétrospectivement ces femmes estiment avoir bénéficié d’un suivi attentif et professionnel après avoir repris leur enfant. Elles auraient souhaité profiter d’un tel soutien déjà pendant leur grossesse. Abandon d’enfant et infanticide (néonaticide) : L’espoir que l’installation de fenêtres à bébé pourrait amener à une diminution du nombre de néonaticides n’a pas été concrétisé. Il s’agit là d’un indice du fait que l’abandon d’un nouveau-né et le néonaticide constituent deux phénomènes distincts.[…] Les mères qui déposent leur nouveau-né dans une fenêtre à bébé motivent leur démarche par la sollicitude et le sens de la responsabilité3). Elles veulent lui donner une chance, sachant que l’enfant sera trouvé et espérant qu’il grandira auprès de parents meilleurs. A côté de ces actes empreints de responsabilité, il faut envisager que certaines femmes abandonnent leur nouveau-né aussi par panique et parce qu’elles se sentent dépassées. […] » (Extraits de “Paediatrica”, par Ruth Baumann-Hölzle et Andrea Abraham – Vol. 24   No. 4  sur 2013www.swiss-paediatrics.org)

Pour informations : http://www.babyfenster.ch

8 réflexions sur “Un nouveau couffin pour orphelin

  1. Oui, je connaissais ce concept moyenâgeux remis au goût du jour … On peut voir un très beau tour d’abandon -bois polychrome- au musée de l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) situé sur les quais de Seine. Ce musée vaut le coup d’oeil pour tous les amateurs du genre (anciens instruments de tort …. euh, de chirurgie ! par exemple)

    • Les fenêtres sont mieux que les tours, c’est un fait ! Ça met mal à l’aise quand même… Avec les fenêtres en elles-mêmes ou avec l’acte surtout ? Merci pour l’info sur le musée à Paris !

  2. J’ai lu jusqu’au bout, avec un sentiment de malaise aussi. A chaud, je ne sais pas quoi penser….est ce que c’est l’acte d’abandon qui me choque? Les femmes peuvent bien choisir d’accoucher sous X en France, c’est un peu la même logique. En tout cas merci pour cet article. Ça va faire tourner mon petit cerveau!

  3. Oui… Je vous rejoins. Ça met mal à l’aise. Mais c’est peut-être parce que j’ai la chance de ne pas être en détresse dans ma vie de maman… Mais c’est intéressant. Merci d’écrire aussi sur ce type de sujets!

    • Merci de me lire. Oui je tiens à traiter de sujets très variés.
      Ce n’est pas glauque ce concept, c’est même plutôt rassurant d’autant qu’il n’y a visiblement pas beaucoup d’enfants déposés.

  4. Le parallèle avec la boîte à lettres me vient de suite, un colis qu’on dépose à la poste. La cigogne a merdé, qu’à cela ne tienne, retour à l’envoyeur. Mais quand on voit que le nombre de couples ayant des problèmes pour concevoir augmente et quand on voit tous les faits d’hiver horribles, finalement c’est probablement mieux qu’un coffre de voiture, une cave ou un congélateur.
    La forme peut choquer mais le fond est probablement nécessaire.
    Je pense surtout qu’un gros travail sur la contraception reste à faire pour ne pas en arriver ni à l’avortement ni à l’abandon.

    • Oui c’est bien mieux que ces fais divers récents. Et puis cela a finalement été très peu utilisé depuis que cela existe. Mais au regard des statistiques, ce sont des mères dépassées, souvent suite à un déni de grossesse, qui veulent juste se donner le temps, car la majorité des bébés déposés en Suisse a été récupéré par leur maman dans l’année qui a suivie. Mais il reste en effet un gros travail sur la prévention, l’éducation en amont.

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